mercredi 23 mai 2012

Zeineb aux rêves lointains

C'est drôle de voir certaines réalités en face, ces nuances qui distinguent tellement l'un de l'autre, et surtout qui créent ce que chacun de nous est aujourd'hui...
J'étais malheureusement le témoin d'une situation assez délicate aujourd'hui, paradoxale en même temps, mais assez frappante si je me permet de la qualifier ainsi!

Zeineb est une jeune femme, âgée de 30 ans, originaire de Gafsa, qui a lutté énormément durant son cursus scolaire contre la pauvreté, le racisme socio-économique et le chagrin de la famille...loin de son foyer, de ses deux frères chômeurs et de sa soeur aînée.

Zeineb aimait les langues vivantes, elle voulait fouiner dans toutes les civilisations du monde, comprendre comment, en dépit de nos différences, on pouvait communiquer...la terre entière était un petit village à ses yeux et ses rêves en étaient les routes qui la reliaient au reste du monde.
Elle entama ses études en anglais à Tunis, passionnément, elle décrocha son diplôme de professeur. Elle a très vite compris que son parcours ne devrait pas s'arrêter aussi tôt que ça, donc elle continua son master en civilisation anglaise, la tête dans les nuages et les mains dans les maisons comme femme de ménage pour gagner le peu d'argent qui la permettait de poursuivre sa quête.
Un parcours sans faute, ou presque, lorsque la vie décida de lui prendre une année blanche faute de moyens et de pressions familiales qui la poussaient à travailler le plus tôt que possible pour se partager son revenu.
Qu'est ce qu'elle est devenue me dites vous? Je l'ai tout simplement rencontré dans un restaurant populaire, servant des "MLEWI" sous la chaleur de l'huile brûlante...non, elle était loin d'être déprimée, le sourire bien rayonnant, l'humeur bien à son comble et la joie de vivre, bien qu'elle était moins présente, était la aussi. À la fin de cette rencontre, je lui ai demandé "comment tu as atterri ici ? " elle a répondu toujours avec le sourire : "je suis ici depuis plus d'un an, je suis au chômage, je n'étais pas épaulée". J'ai poursuivis :"justement ce sourire ? ", "everything comes to an end" me dit elle.

C'était la plus belle leçon de courage et de persévérance que j'ai jamais entendu, j'espère que ça pourra consoler plus d'un citoyen tunisien qui pense que le train de la vie les a probablement oublié.

B.K

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire